Tout d'abord, bonjour à toute l'équipe et un grand bravo pour la qualité, l'originalité et le professionnalisme de vos publications. Les mythes et légendes engendrées par l'humanité me fascinent depuis ma plus tendre enfance et c'est tout naturellement que le JDR m'a pris dans ses rais dans mes premières années de collège.
L'article d'Olivier Legrand illustre une nouvelle fois l'immense culture et talent de ce formidable créateur et adaptateur. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire et cela m'a donné envie de livrer quelques réflexions directement inspirées par son contenu. Dans le paragraphe intitulé Les Fées et les elfes, on peut lire :
"Dans les deux cas, les ''sombres'' ne se déterminent que par opposition aux ''brillants'', qui constituent en quelque sorte la ''norme'' puisqu'ils continuent à être désignés par le nom générique de l'espèce : ainsi, les unseelie sont-ils littéralement des ''non-sidhe'', des ''infaés", et les svartalf des ''noirs-brillants''.

Olivier Legrand parle ici des alf (ou alfar). Je tiens à préciser que les elfes brillants possédaient bien un qualificatif, celui de ''lios'' (brillant) qui servait précisément à les distinguer des svartalf(ar) ou elfes sombres. Mais ce n'est pas pour autant que cette partie de son analyse s'en trouve infirmée. Il s'agissait juste d'une précision.

Je souhaite maintenant "réagir" à la partie de son étude consacrée à la dégénérescence des peuples imaginaires, au paragraphe intitulé Des Dieux aux Fées. Olivier legrand montre de manière claire et concise comment les Dieux, aux pouvoirs presque sans limite, sont peu peu ramenés à une échelle humaine avant de se fondre dans la substance même du monde qui nous entoure pour devenir invisibles. Il y a là quelque chose d'extrêmement frappant, du simple point de vue étymologique. Le mot dieu provient du latin deus (dea au féminin) qui lui même contient la racine indo-européenne °dei qui signifie "briller". Or Lugh, peut-être le plus célèbre des dieux celtes, est désigné sous le nom de "dieu brillant". Zeus, qui règne sur l'Olympe, signifie "le brillant" (dios au génitif, en grec ancien). Cette lumière éclatante, qui brille et scintille autant sur la lance de Lugh que sur les foudres forgées par les Titans, s'amenuise peu à peu tandis que les mythes érodés par les vents du temps se sculptent en légendes, qui elles-mêmes, subissant les assauts de la raison, se muent en traces folkloriques.
Les sidhe celtiques ainsi que leurs homologues scandinaves, les alf, subissent donc cette extinction, mais, à la différence des dieux, la portent déjà en eux. C'est ainsi que l'on peut également interpréter cette part d'ombre, ce côté unseelie ou svart, qui fait d'eux tantôt des acteurs bénéfiques ou maléfique pour les hommes. L'ambivalence des sidhe est finalement résolue au profit d'une invisibilité, sorte de neutralité ; l'ombre et la lumière ont disparu pour laisser place à un vide.

Ce vide, un homme a ténté de le combler de la façon la plus merveilleuse qui soit, en écrivant ce qui - pour moi et des milliers d'autres personnes - demeure une référence incontournable de la littérature : Le Seigneur des Anneaux. Tolkien, en talentueux érudit qu'il était, percevait avec énormément d'acuité ce vide laissé par la disparition des dieux, des sidhes et des fées. Et c'est ainsi qu'en un ouvrage unique, il nous place en tant que spectateurs puis acteurs d'un mythe devenu légende et en train de muer en histoire. Les dieux, qu'il nomme Valar n'apparaissent véritablement que dans le Silmarillion et Valinor, leur asile, est une Terre lumineuse qui abrite les deux arbres qui symbolisent le soleil et la lune. Cette lumière est presque totalement absorbée par l'araignée Ungoliant (sorte de personnification du Chaos et de l'entropie) et ne subsiste plus que dans les silmarils forgés par Feänor. Ces joyaux de lumière, au nombre de trois et qui apportent une puissance démesurée à Melkor, le Valar qui a perturbé l'harmonie souhaitée par Eru Iluvatar, sont au coeur des guerres mythiques qui précèdent la légende qui nous est contée par Tolkien dans le seigneur des Anneaux. Avant même le commencement de la guerre de l'Anneau, les silmarils ont quitté les Terres du milieu pour les profondeurs des océans, les hauteurs célestes et les entrailles de la terre : leur lumière, souvenir des temps divins, n'est plus. L'Anneau unique brille sur son pourtour et entraîne dans le monde de l'ombre son porteur. Derrière la lumière il y a l'ombre. Mais l'anneau est lui aussi détruit dans les flammes du mont Orodruin, là où il a été créé. Sa lumière et son ombre disparaissent. La légende s'étiole ; le quatrième âge commence et avec lui la venue du temps des hommes. La structure proposée par Olivier Legrand s'applique donc parfaitement (mais si il est évident qu'elle est trés loin d'en recouvrir toute la richesse) à la fresque merveilleuse tissée par Tolkien. On y trouve des dieux (les valar), des sidhe et leur équivalent tellurique, (les elfes et les nains) ainsi que des "fées" (les hobbits).

Depuis plusieurs années, ce vide, nous autres rôlistes tentons également de le combler. Et nous nous servons à pleines mains dans le chaudron d'abondance des mythes et légendes, pour qu'à nouveau brille la lumière et sourde l'ombre.
A mon sens, et comme je l'ai dit ailleurs, le jeu de rôle se présente comme une tentative de réenchantement de notre univers quotidien. Il y existe presque toujours un âge d'or, époque bénie où brillait la lumière de l'inspiration, de la connaissance et de l'harmonie qui s'est achevé suite à une faute commise. C'est cet âge d'or que nous recherchons, qui nous donne espoir (notre monde était plus beau, plus lumineux, etc... dans les temps mythiques) en l'avenir, puisque nous attendons de l'avenir qu'il nous prouve que cet âge d'or n'a pas été perdu à jamais.
A nous d'inverser le cycle...

Marise Maliverney



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